Flora Aubin

Mon parcours de psychanalyste s'enracine dans une analyse personnelle commencée en 1996 et poursuivie, depuis, par un travail continu d'étude et de recherche, accompagné au fil des années par la supervision de ma pratique.

La psychanalyse a ainsi été pour moi une expérience avant de devenir une pratique. Cette traversée demeure le fondement de ma position clinique : une manière d'écouter l'inconscient, mais aussi ce qui se construit dans la relation analytique elle-même, ce qui se répète, ce qui demeure encore sans représentation et ce qui cherche peu à peu à prendre forme.

J'exerce la psychanalyse en cabinet et en visioconférence depuis 2013, auprès d'adultes engagés dans un travail analytique.

Cette écoute ne s'est pourtant pas formée dans le seul cabinet.

Le monde du travail et les organisations, depuis 2000

Mon écoute clinique s'est aussi construite au contact du monde du travail et des organisations. Depuis 2000, j'accompagne les transformations humaines et professionnelles, d'abord auprès de professionnels, de dirigeants, d'équipes et d'organisations, puis dans le cadre analytique.

Cette longue expérience me permet aujourd'hui d'entendre la souffrance au travail dans sa double réalité : celle des organisations, de leurs contraintes, de leurs transformations et parfois de leur violence ; et celle du sujet singulier qui les traverse avec son histoire, ses investissements, son rapport à la reconnaissance, à la responsabilité, à l'idéal et à ses propres limites.

L'épuisement professionnel, le burn-out, la perte de sens ou la rupture professionnelle peuvent ainsi être entendus sans être réduits ni à une fragilité individuelle ni à la seule organisation du travail.

Mon expérience des organisations et ma pratique psychanalytique se rejoignent aujourd'hui à cet endroit : entendre ce qui vient du monde dans lequel une personne travaille, autant que ce que cette épreuve vient toucher, déplacer ou révéler en elle.

C'est à cette place que je reçois des professionnels et des dirigeants, comme toute personne dont le travail est devenu le lieu d'une épreuve.

Une formation qui se poursuit avec la clinique

Je n'ai jamais considéré la formation du psychanalyste comme l'acquisition définitive d'une théorie ou d'un titre. Elle engage le travail personnel de l'analyste, l'étude, la supervision et surtout cette confrontation permanente avec la clinique qui oblige à reprendre la pensée là où une rencontre singulière vient la déplacer.

Au fil des années, ma pratique s'est rapprochée de la psychanalyse contemporaine et relationnelle. Les travaux de Thomas Ogden occupent aujourd'hui une place particulière dans ma pensée. Sa conception du champ analytique et du tiers analytique rejoint profondément ce que l'expérience clinique m'a appris : une analyse ne se déroule pas seulement à l'intérieur d'un patient observé par un analyste ; quelque chose se crée entre eux, dans un espace psychique partagé, et cet espace participe lui-même au travail de transformation.

Cette manière de penser la relation analytique est devenue l'un des ancrages essentiels de ma pratique.

Le rêve et la vie symbolique

La pensée jungienne a ouvert un autre versant de mon travail en donnant au rêve, aux images psychiques, au symbolique et au processus d'individuation une place que je reconnaissais déjà intuitivement dans l'expérience analytique.

Le rêve occupe depuis une place particulière dans ma clinique. Je ne l'aborde pas comme une énigme dont l'analyste posséderait la clé, mais comme une production singulière de la psyché, susceptible de faire apparaître quelque chose qui n'a pas encore trouvé sa formulation consciente.

Cette rencontre entre psychanalyse contemporaine et pensée jungienne ne constitue pas pour moi l'assemblage de deux écoles. Elle est devenue une manière personnelle de travailler avec la relation, l'inconscient, le rêve et les processus de symbolisation.

Une éthique de la rencontre

La rencontre, plus ancienne, avec l'approche centrée sur la personne de Carl Rogers a participé à ma manière d'être auprès de l'autre : qualité de présence, respect de son rythme, confiance dans sa capacité d'élaboration et refus d'une position de savoir surplombante. Avec les années, elle a cessé d'être pour moi une référence théorique particulière. Elle appartient davantage à une éthique de la rencontre et à une façon d'habiter ma place d'analyste.

Mes études de philosophie et de théologie, mon intérêt pour le symbolique et l'histoire des religions ont également nourri mon attention aux questions de sens, d'altérité et à ces périodes de l'existence où la souffrance engage bien davantage que la disparition d'un symptôme.

Une position clinique

Ma reconnaissance comme psychanalyste s'est construite au fil de ce parcours, auprès de mes pairs et dans le champ psychanalytique. Mon chemin a, un temps, rejoint la SFPI (Société Française de Psychanalyse Intégrative), l'APE (Association des Psychanalystes Européens) et l'APM (Association de Psychanalyse Moderne), trois sociétés de psychanalyse qui m'ont accueillie.

Je poursuis aujourd'hui mon travail d'étude et de recherche, et je recours à la supervision lorsque j'en éprouve la nécessité dans ma pratique. Celle-ci continue d'évoluer au fil des rencontres, de ce qu'elles m'apprennent et de ce qu'elles viennent parfois déplacer dans ma manière de penser et d'écouter.

Ma pratique se situe aujourd'hui à la rencontre de la psychanalyse contemporaine et de la pensée jungienne. Elle ne procède pourtant d'aucune synthèse théorique préalable.

Elle s'est construite avec le temps, dans la clinique.

Rien de ce qui l'a précédée n'a été laissé de côté.

C'est peut-être ce qui la définit le mieux : être attentive à ce qui se passe entre deux êtres, à ce qui se répète, à ce qui demeure encore impensable, à ce qui cherche une forme dans les rêves ou les images, et à ce qui, parfois, tente simplement de retrouver un chemin vers le désir.